Le concept de « spectatoring » (ou auto-observation) est fondamental en sexologie clinique. C’est un phénomène très courant qui explique bon nombre de dysfonctions sexuelles dites « psychogènes ».
Voici une synthèse claire pour vous aider à comprendre ce phénomène et à l’expliquer, le cas échéant, à vos patients.
Qu’est-ce que le « spectatoring » ?
Le spectatoring est le fait de s’observer soi-même pendant l’acte sexuel, comme si l’on était un spectateur extérieur ou un juge de sa propre performance.
Au lieu de vivre l’expérience depuis l’intérieur (en ressentant les sensations corporelles, le plaisir, les émotions), l’esprit se dédouble : une partie est « dans l’acte », tandis que l’autre partie se positionne au plafond pour analyser, surveiller et évaluer ce qui se passe : « Est-ce que mon érection tient ? », « Est-ce que je prends du temps ? », « Qu’est-ce que l’autre pense de moi ? », « Pourquoi je ne ressens rien ? ».
Origines et conceptualisation
Ce terme a été conceptualisé par William Masters et Virginia Johnson dans les années 1970, pionniers de la sexologie moderne. Dans leur ouvrage Human Sexual Inadequacy (1970), ils ont identifié ce mécanisme comme l’un des principaux inhibiteurs du plaisir et de la réponse sexuelle. Ils ont observé que les personnes souffrant de difficultés sexuelles ne vivaient pas leur sexualité, elles « travaillaient » à leur sexualité.
Pourquoi en parle-t-on autant ?
On en parle car c’est le moteur principal de l’anxiété de performance. Dans une société axée sur le résultat, la performance et l’image de soi, le « spectatoring » est devenu une réaction réflexe quasi automatique. Il est au cœur de :
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La baisse de désir.
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Les troubles de l’érection.
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Les difficultés d’orgasme.
Pourquoi est-ce gênant ?
Le « spectatoring » crée un cercle vicieux dévastateur pour la vie intime :
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L’inhibition physique : Le système nerveux sympathique (celui de l’alerte/stress) s’active à cause de l’anxiété de performance. Or, pour que le corps réagisse sexuellement, il a besoin du système parasympathique (celui de la relaxation). Le stress du juge extérieur tue le plaisir intérieur.
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La déconnexion sensorielle : En étant concentré sur l’analyse, on n’est plus disponible pour recevoir les informations sensorielles (le toucher, la chaleur, le souffle). On « rate » le plaisir parce qu’on est occupé à le surveiller.
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L’épuisement mental : La personne finit par vivre le sexe comme une épreuve fatigante plutôt que comme un moment de partage ou de détente.
Quelles sont les solutions ?
Pour sortir du « spectatoring », l’objectif est de réapprendre à habiter son corps. C’est ici que vos outils (Pleine Conscience et sexologie) prennent tout leur sens :
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La Focalisation Sensorielle (Sensate Focus) : C’est la méthode de référence créée par Masters et Johnson. On propose au patient (seul ou en couple) des exercices où le but n’est pas le plaisir sexuel ou l’orgasme, mais simplement d’explorer les sensations tactiles sur le corps. En supprimant l’objectif de « performance », on supprime la raison d’être du spectateur.
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La Pleine Conscience (votre approche MBSR) : C’est l’antidote direct au spectatoring. Apprendre à ramener son attention sur le souffle ou une zone du corps précise permet de « descendre » de sa tête vers son corps. On apprend à remarquer les pensées (« tiens, je suis en train de m’observer ») pour ensuite laisser passer cette pensée et revenir à la sensation.
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Le changement de paradigme : Passer du mode « faire » (sexuer pour atteindre un but, satisfaire, réussir) au mode « être » (accueillir ce qui est là, sans attente).
En résumé : Le spectatoring, c’est vouloir être le réalisateur de son propre film érotique alors qu’on devrait simplement être l’acteur qui ressent les émotions. La solution n’est pas d’essayer de « mieux performer », mais de lâcher la caméra pour redescendre dans ses sensations.
