Sexologie
Qu’est-ce-que le spectatoring ?
Le spectatoring est un phénomène très fréquent, mais pourtant méconnu. Il peut transformer un moment d’intimité en une succession de doutes, de questions et d’auto-évaluations, au point de faire disparaître le plaisir.
Avez-vous déjà eu l’impression, lors d’un rapport sexuel, d’être davantage concentré sur ce que vous faisiez que sur ce que vous ressentiez ? De vous demander si tout se passe « normalement », si vous êtes à la hauteur ou si votre partenaire est satisfait ?
Si ces interrogations vous semblent familières, vous n’êtes pas seul. Ce mécanisme porte un nom : le spectatoring.
Dans cet article, vous découvrirez ce qu’est réellement ce phénomène, pourquoi il apparaît, quelles conséquences il peut avoir sur la sexualité et surtout comment retrouver une présence plus sereine à vos sensations.
Plus vous essayez de contrôler votre sexualité, plus vous risquez de vous éloigner de vos sensations. C'est tout le paradoxe du spectatoring.
Quand le mental prend toute la place
Le spectatoring est le fait de s’observer soi-même pendant un rapport sexuel, comme si l’on devenait le spectateur ou le juge de sa propre expérience.
Au lieu de vivre pleinement l’instant à travers les sensations, le plaisir et les émotions, l’esprit se dédouble : une partie reste dans l’acte, tandis que l’autre analyse, surveille et évalue en permanence ce qui se passe.
Cette auto-observation est souvent automatique. Elle peut se traduire par des pensées telles que : « Est-ce que je fais bien ? », « Est-ce que je lui donne du plaisir ? », « Pourquoi je n’arrive pas à lâcher prise ? » ou encore « Pourquoi je n’y arrive pas ? ». Plus ces pensées prennent de place, plus il devient difficile de rester connecté à son corps.
Pourquoi notre cerveau agit-il ainsi ?
Dans une société où la performance, le contrôle et l’image de soi sont omniprésents, le spectatoring devient facilement un réflexe automatique. Le cerveau cherche à vérifier que tout se déroule « correctement » plutôt qu’à vivre pleinement l’expérience.
Ce mécanisme nourrit l’anxiété de performance et peut jouer un rôle important dans différentes difficultés sexuelles, comme les troubles de l’érection, les difficultés d’orgasme, la baisse du désir ou encore certaines douleurs sexuelles. Plus l’attention se porte sur l’évaluation de la performance, moins elle est disponible pour ressentir le plaisir. Un véritable cercle vicieux s’installe.
Les conséquences du spectatoring
Le spectatoring ne se résume pas à quelques pensées envahissantes. En mobilisant constamment l’attention sur l’analyse plutôt que sur les sensations, il modifie progressivement le fonctionnement de la réponse sexuelle et transforme la manière de vivre l’intimité.
Une réponse sexuelle freinée
Lorsque l’esprit reste en état d’alerte, le système nerveux sympathique – celui du stress – prend le dessus. Or la réponse sexuelle repose principalement sur l’activation du système parasympathique, responsable de la détente. Cette hypervigilance peut ainsi freiner l’excitation, l’érection, la lubrification ou l’orgasme.
Une déconnexion progressive des sensations
En restant focalisé sur l’analyse, l’esprit s’éloigne peu à peu des sensations corporelles. Le toucher, la chaleur, les caresses ou la respiration passent au second plan. Le plaisir ne disparaît pas parce qu’il est absent, mais parce que l’attention est constamment dirigée ailleurs.
Une sexualité vécue sous pression
À terme, la relation intime peut devenir une épreuve à réussir plutôt qu’un moment de partage. Cette fatigue mentale favorise la perte de spontanéité, l’anxiété de performance et parfois même l’évitement des rapports sexuels.
Comment sortir du spectatoring ?
La bonne nouvelle est que le spectatoring n’est pas une fatalité. Il est possible de réapprendre à habiter son corps, à retrouver ses sensations et à vivre sa sexualité avec davantage de liberté. En sexologie clinique, plusieurs approches ont démontré leur intérêt.
La Focalisation Sensorielle (Sensate Focus)
Développée par Masters et Johnson, cette méthode est aujourd’hui une référence.
Elle repose sur des exercices réalisés seul ou en couple dont l’objectif n’est pas la performance ni l’orgasme, mais simplement l’exploration des sensations tactiles.
En supprimant l’objectif de résultat, on retire au « spectateur » sa raison d’être.
La Pleine Conscience (MBSR)
La pratique de la Pleine Conscience constitue un antidote direct au spectatoring. En ramenant volontairement son attention sur la respiration, les sensations corporelles ou le contact avec son partenaire, on quitte progressivement les pensées automatiques. Lorsque surgit une pensée du type :
« Tiens, je suis en train de m’observer… » on apprend simplement à la reconnaître, à la laisser passer puis à revenir à l’instant présent.
Passer du « faire » au « être »
Le travail thérapeutique consiste également à passer :
* du mode faire (réussir, satisfaire, atteindre un objectif) ;
* au mode être (ressentir, accueillir, partager).
Cette transformation permet de retrouver une sexualité plus libre, plus authentique et moins soumise aux exigences de performance.
Sortir du spectatoring, c’est souvent passer progressivement d’une logique de contrôle à une expérience plus libre et plus connectée à ses sensations.
← Quitter…
La performance
Le contrôle
Le jugement
L’analyse
Le stress
→ Retrouver…
Le plaisir
Les sensations
L’acceptation
La présence
Le lâcher-prise
En résumé : quitter le regard du juge intérieur
Le spectatoring consiste à vouloir être le réalisateur de son propre film alors qu’il suffirait d’en être l’acteur.
La solution n’est pas de chercher à mieux performer, mais d’accepter de quitter progressivement le regard du juge intérieur afin de revenir pleinement à ses sensations. C’est en retrouvant cette présence à soi que la sexualité peut redevenir un espace de liberté, de plaisir et de partage.
Et si vous deveniez l’auteur et l’acteur de votre sexualité ?
Le spectatoring nous rappelle une chose essentielle : une sexualité épanouie ne se résume pas à ce qui se passe pendant un rapport. Elle se construit aussi en amont, à travers la manière dont nous pensons notre sexualité, nos attentes, nos croyances et la place que nous souhaitons lui donner dans notre vie.
Cette thématique fait partie des dix grands thèmes abordés dans mon livre Les Dix Commandements de la sexualité. Conçu pour être accessible à tous, il peut se lire dans son intégralité ou être parcouru librement, en fonction des questionnements qui vous concernent. Vous y découvrirez une démarche pour devenir d’abord l’auteur de votre sexualité — en prenant le temps de la penser et de la construire — avant d’en devenir pleinement l’acteur, en vivant une expérience plus libre, plus consciente et plus fidèle à vous-même.
Lorsque l’on pense sa sexualité avant de la vivre, il devient plus facile de cesser de la penser pendant qu’on la vit.
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